Le leísmo dans l’espagnol des Canaries : évolution et spécificités
Le leísmo, c’est-à-dire l’emploi du pronom “le” comme objet direct masculin de personne, a fait l’objet d’études dans l’espagnol des Canaries. Selon Álvarez Martínez, María Ángeles, il n’existait pas, il y a quelques décennies, d’hésitation dans l’usage des pronoms personnels de la troisième personne aux Canaries, la norme étymologique étant généralement respectée[1].
L’auteure précise que « Canarias -al hallarse tan alejada de la metrópoli- mantenía una actitud conservadora, preservando el empleo latino, mientras que en Castilla, y luego por extensión en otras zonas peninsulares, se desarrolló otro sistema que originó lo que se conoce por laísmo, leísmo y loísmo »[1]. Ainsi, l’usage de “le” comme objet direct masculin n’était pas typique de la variété canarienne, qui suivait la norme étymologique.
Cependant, selon l’auteure en 1987, cette situation a commencé à évoluer. Álvarez Martínez indique que « zonas, como nuestras Islas Canarias, que hasta hace pocos años mantenían intacto el sistema etimológico, tienden a manifestar cada vez más el empleo del leísmo de persona masculino singular, y también el plural »[1]. Des exemples comme « a Juan lo acompañaron a su casa ayer » alternent désormais avec « a Juan le acompañaron a su casa ayer » dans la langue courante.
Parmi les causes de cette progression du leísmo, l’auteure souligne l’influence des médias, en particulier la radio et la télévision, qui ont modifié les usages linguistiques des Canariens en très peu de temps[1]. Elle mentionne également l’existence d’un “leísmo de cortesía” dans des expressions comme « a usted no le han escuchado » ou « le saluda atentamente », déjà présent chez les générations plus âgées[1].
Un autre facteur important, selon Álvarez Martínez, est l’emploi de la préposition “a” devant l’objet direct de chose, ce qui peut entraîner une confusion entre les fonctions de complément direct et indirect et favoriser la progression du leísmo[1]. L’auteure observe également que les Canariens sont souvent des “leístas passifs”, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas surpris par le leísmo, tout en rejetant systématiquement le laísmo ou le loísmo.
Elle décrit aussi comment, dans la langue familière, l’objet direct est souvent omis car il est connu de tous, ce qui habitue les locuteurs à la présence de “le” avec certains verbes et renforce la croyance que ces verbes exigent un datif[1].
Concernant la norme, Álvarez Martínez explique que l’Académie royale espagnole accepte le leísmo masculin singulier de personne, mais considère vulgaires les autres types de leísmo, laísmo et loísmo. Néanmoins, l’auteure constate que le leísmo progresse même chez les locuteurs âgés, qui n’en sont souvent pas conscients[1].
Enfin, elle note que, bien que la norme étymologique ait été la plus répandue aux Canaries, la tendance est à sa substitution progressive par la norme castillane, notamment chez les jeunes, qui commencent à utiliser des constructions comme « se los obliga » et « se las ve » au lieu de « se les obliga » et « se les ve »[1].
