Manuel Déniz Caraballo : instituteur, journaliste et fondateur de ¡Vacaguaré! - Personnages
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Manuel Déniz Caraballo (Arrecife, 1876 – Santa Cruz de Tenerife, 1921) fut instituteur, typographe, journaliste et secrétaire de mairie en plusieurs points des Canaries. Son nom n’est généralement cité que comme fondateur de ¡Vacaguaré!, l’hebdomadaire autonomiste dirigé par Secundino Delgado en 1902. Mais son propre parcours — celui d’un instituteur rural passé par Tenerife, Fuerteventura puis de nouveau Tenerife, qui écrivit dans plusieurs journaux sous pseudonyme et qui fonda l’une des premières académies d’enseignement par correspondance des Canaries — demeure presque inconnu [1].

D’Arrecife à la vie intellectuelle canarienne

Il naît à Arrecife de Lanzarote en 1876. La documentation disponible ne permet pas de reconstituer en détail son enfance ni sa formation d’instituteur, mais elle situe sa première activité connue dans le monde de l’imprimerie : en 1901, il est membre de la corporation des imprimeurs, typographes et relieurs, et sa signature est associée à l’Imprenta Tinerfeña [1]. En 1902, il épouse à Tenerife Juana Torres Díaz, couturière originaire de Santa Cruz de Tenerife, avec qui il a au moins deux filles, Catalina (1902-1970) et Olimpia (1903) [1]. Son lien avec le métier de typographe, et pas seulement avec l’écriture, aide à comprendre pourquoi c’est lui — et non Secundino Delgado — qui mit matériellement en place un journal.

L’enseignement et la vocation culturelle

À partir de 1905, il exerce comme instituteur intérimaire dans le quartier de San Andrés, à Santa Cruz de Tenerife. Entre 1907 et 1911, il s’installe à Puerto de Cabras (aujourd’hui Puerto del Rosario), à Fuerteventura, où il dirige l’école de garçons de la calle Virgen del Rosario et siège à la Junta Local de Primera Enseñanza [1]. En 1909, il organise à Puerto de Cabras des cours du soir pour adultes, auxquels il invite des personnalités locales à donner des conférences instructives [1].

Une dénonciation pour abandon de poste, finalement classée sans suite, le conduit à démissionner et à réorienter sa vie professionnelle [1]. Il s’installe alors à La Victoria de Acentejo (Tenerife), où il réussit le concours de secrétaire de mairie. En 1915, il ouvre une académie d’enseignement par correspondance pour préparer les candidats aux postes de secrétaire municipal ou de tribunal — avec des matières comme la tenue de livres et la comptabilité —, une initiative décrite comme pionnière aux Canaries dans le domaine de l’enseignement à distance [2]. À La Victoria de Acentejo, il participe également à la fondation d’El Centro, société récréative et d’instruction créée le 1er février 1913, dont il devient président et dont il anime les soirées théâtrales et musicales aux côtés de sa fille Catalina [2].

Manuel Déniz et la presse canarienne

Avant ¡Vacaguaré!, Déniz collaborait déjà avec la presse ouvrière et autonomiste de Tenerife. En décembre 1900, il écrit dans El Obrero sous le pseudonyme Daniel M. Nuez, défendant la valeur du travail face aux contradictions qu’il percevait dans la société de son temps [1]. Plus tard, instituteur à Puerto de Cabras, il publie dans le journal Escuela Canaria un article sur les hommages rendus au drapeau espagnol à l’école de garçons [1], et l’hebdomadaire La Aurora, de la même localité, le remercie publiquement pour son soutien au développement de l’île [1]. Son activité journalistique ne se limita donc ni à un seul journal ni à une seule période de sa vie : elle accompagna aussi bien sa phase ouvrière et autonomiste que, plus tard, sa vie d’instituteur et de fonctionnaire municipal.

Idées politiques et autonomisme

Vers 1900-1901, Déniz évolue dans l’entourage de l’Asociación Obrera de Canarias et participe à la campagne électorale du Partido Popular Autonomista avant les élections municipales de novembre 1901 [1]. On ne dispose cependant pas d’un texte propre et développé où Déniz aurait exposé un programme politique détaillé comparable à celui de Secundino Delgado ; la revendication autonomiste la plus citée de l’époque — que les Canaries disposent de “leurs propres corps législatifs et exécutifs” — revient à Delgado, non à Déniz, et doit lui être attribuée en tant que telle [3].

Près d’une décennie plus tard, en 1910, Déniz figure parmi les signataires à Puerto de Cabras du Plebiscito de las Islas Menores (Plébiscite des îles mineures), impulsé par Manuel Velázquez Cabrera pour réclamer une représentation parlementaire propre et la création de cabildos insulaires à Fuerteventura et à Lanzarote [1]. Son biographe souligne par ailleurs que la trajectoire ultérieure de Déniz — centrée sur l’enseignement, l’administration municipale et des cérémonies scolaires d’exaltation patriotique — contraste avec l’engagement ouvrier et autonomiste de sa jeunesse, ce qui pourrait expliquer en partie l’oubli relatif de sa figure dans la mémoire historique canarienne [1][2].

La fondation de ¡Vacaguaré!

Fin 1901, après s’être distancié du Partido Popular Autonomista, Déniz lance début 1902 le journal ¡Vacaguaré!, dont la direction revient à Secundino Delgado depuis Santa Cruz de Tenerife [3]. Les sources s’accordent à dire que c’est Déniz qui a lancé la publication, sans toujours s’accorder sur les termes exacts du rôle de chacun : l’étude de référence sur les personnalités de Lanzarote attribue la direction effective du journal à Delgado, tandis que d’autres sources décrivent Déniz assumant également cette direction [3][1]. L’hebdomadaire n’atteignit guère que quatre numéros avant que l’arrestation de Delgado, quelques semaines plus tard, ne mette fin à la publication [3]. Pour un récit complet de l’arrestation de Delgado, de la réaction de la presse insulaire et du débat autonomiste autour de ¡Vacaguaré!, voir l’article consacré à Secundino Delgado.

Manuel Déniz et Secundino Delgado

Leur collaboration fut brève mais décisive : Déniz apporta l’initiative éditoriale — et, probablement, les moyens matériels d’un typographe de métier —, tandis que Secundino Delgado, déjà connu pour son activisme ouvrier et autonomiste après son retour d’Amérique en 1900, assuma le rôle public de diriger le journal depuis la capitale tinerfeña [3]. Cette distinction entre fondateur et directeur est la clé pour comprendre pourquoi l’arrestation de 1902 frappa Delgado et non Déniz, et pourquoi l’historiographie ultérieure a eu tendance à absorber la figure de Déniz dans celle de Delgado. Cet article se concentre sur le parcours propre de Manuel Déniz Caraballo ; pour la biographie de Secundino Delgado et le développement complet de la campagne autonomiste, voir l’article Secundino Delgado et l’autonomisme canarien.

Une figure lanzarotienne dans les débats des Canaries

L’origine lanzarotienne de Déniz n’était pas anecdotique. Son passage à Fuerteventura entre 1907 et 1911 — et en particulier sa signature du Plebiscito de las Islas Menores de 1910 — le situe dans un courant revendicatif propre aux “îles mineures” (Lanzarote et Fuerteventura), distinct de l’autonomisme tinerfeño-grancanario qui porta ¡Vacaguaré! [1]. Tandis que ¡Vacaguaré! réclamait l’autonomie de l’archipel face à Madrid, le plébiscite impulsé par Velázquez Cabrera réclamait, au sein même des Canaries, une représentation et des institutions propres pour les îles périphériques face au poids administratif de Tenerife et de Grande Canarie. Qu’un même homme ait pris part aux deux épisodes — fondant un journal autonomiste canarien en 1902 et signant un plébiscite insulariste huit ans plus tard — illustre la complexité des débats régionalistes canariens du début du XXe siècle, qui ne se limitaient pas à un affrontement unique entre les Canaries et la métropole, mais comprenaient aussi des tensions entre les îles elles-mêmes.

Dernières années et héritage

Après son passage à Puerto de Cabras, Déniz s’installe à La Victoria de Acentejo, où il poursuit sa carrière de secrétaire de mairie et ouvre, en 1915, son académie d’enseignement par correspondance [2]. Il meurt en novembre 1921 à Santa Cruz de Tenerife. Selon le journal El Progreso du 26 novembre de cette année-là, il succombe à une “pénible maladie” à l’Hospital Civil de Los Desamparados ; la mairie même pour laquelle il avait travaillé lui devait des arriérés de salaire, le laissant sans ressources pour se soigner [2].

La trajectoire de Manuel Déniz Caraballo — typographe, journaliste ouvrier, instituteur rural, pionnier de l’enseignement par correspondance et fondateur d’un journal autonomiste qui survécut à peine quelques semaines — constitue, au-delà de son lien avec Secundino Delgado, une biographie propre aux Canaries de la fin du XIXe et du début du XXe siècle : celle d’un homme qui évolua entre l’imprimerie, l’école et l’administration locale, et dont la contribution au débat autonomiste canarien, bien que moins visible que celle de Delgado, s’inscrivit dans une même génération d’instituteurs et de journalistes qui cherchèrent à donner une voix politique aux îles [1][2].

Sources