Lithosphère océanique
Couche rigide externe de la Terre sous les océans, composée de croûte et d’une partie du manteau supérieur. Aux Canaries, elle est ancienne et sert de socle aux édifices volcaniques.
Du fond océanique aux édifices insulaires façonnés par la croissance, l’érosion et le retour du volcanisme.
Les Canaries sont une province volcanique intraplaque sur une lithosphère océanique, au voisinage de la marge nord-occidentale de l’Afrique. Avant qu’aucune île n’émerge, le processus a commencé sur le fond marin : des monts sous-marins qui peuvent représenter plus de quatre-vingt-dix pour cent du volume total de chaque édifice. La partie visible n’est donc que la pointe d’une structure bien plus vaste. Chaque île conserve ses étapes et ses rythmes propres : certaines montrent un volcanisme émergé vieux de dizaines de millions d’années, tandis que d’autres sont géologiquement très jeunes et encore en construction. Entre ces extrêmes se succèdent des phases de croissance en bouclier, des pauses érosives, des effondrements de flanc et des épisodes de rajeunissement qui obligent à lire l’histoire insulaire avec plus de nuance qu’une simple progression des îles anciennes aux îles jeunes.[1][2]

Le contexte géodynamique des Canaries est marqué par leur position sur une plaque océanique, près d’une marge continentale passive. La croûte sous-jacente est océanique et très ancienne, et la plaque africaine se déplace lentement vers le nord-est. Cette configuration explique pourquoi l’archipel ne se forme pas sur une limite de plaques active, mais dans un cadre intraplaque où une anomalie thermique ou la convection mantellique peuvent provoquer une fusion partielle.[1][2]
Cette situation oblige à distinguer trois âges distincts : l’ancienneté de la croûte océanique qui sert de socle, l’âge du mont sous-marin qui a précédé l’émersion, et l’âge des matériaux volcaniques visibles aujourd’hui en surface. Les confondre conduit à interpréter une île comme « née » au moment où ses roches les plus anciennes affleurent, alors qu’une grande partie de son histoire antérieure reste sous l’eau.[1][2]
L’étape sous-marine précède toute île visible. Au cours de cette étape, des laves en coussin, des brèches hyaloclastites et des sédiments marins s’accumulent sur la croûte océanique, formant un édifice qui n’atteint le niveau de la mer que plus tard. Aux Canaries, des restes de cette étape affleurent à Fuerteventura, La Gomera, La Palma et peut-être au nord d’Anaga, à Tenerife.[1][2]
Sur cette base repose le Complexe Basal, un ensemble de roches profondes, corticales et sédimentaires qui reflète le passage d’un environnement sous-marin à un environnement émergé. Son étude permet de reconstituer la profondeur à laquelle se sont originés les premiers matériaux et la vitesse à laquelle l’édifice a grandi vers le haut.[1]
Une fois émergé, l’édifice entre dans l’étape de bouclier, au cours de laquelle plus de quatre-vingt-dix pour cent du volume émergé est émis. Des coulées basaltiques très fluides s’empilent pour former un cône à pentes douces. Aux Canaries, cependant, la croissance n’est pas symétrique : les structures en rift triple, en forme d’étoile à trois branches, canalisent le magma et distribuent les éruptions le long de dorsales qui dessinent la silhouette de La Palma, El Hierro et Tenerife.[1]
Au fur et à mesure que le système évolue, les conduits magmatiques se réorganisent. Certains rifts cessent d’être alimentés et de nouvelles zones de fracture contrôlent l’ascension du magma. Cette réorganisation explique pourquoi une même île peut accumuler plusieurs centres volcaniques d’âges et d’orientations différents, et pourquoi des épisodes ultérieurs peuvent réutiliser d’anciennes lignes de faiblesse.[1][2]

Après l’étape de bouclier, de nombreuses îles traversent une longue période érosive au cours de laquels ravins, falaises et vallées démantèlent l’édifice. Dans certains cas, l’instabilité des flancs produit de grands glissements qui retirent des secteurs entiers du volcan et laissent des amphithéâtres ouverts sur la mer. La reconstruction ultérieure avec de nouvelles coulées de lave peut masquer une partie de ce démantèlement, mais les dépôts sous-marins conservent la preuve.[1][2]
Le rajeunissement post-érosif réactive des centres volcaniques ou ouvre de nouveaux points d’émission. Aux Canaries, ce phénomène est plus intense qu’à Hawaï, ce que certains auteurs attribuent à la vitesse plus faible de déplacement de la plaque africaine. La subsidence, en revanche, semble moins prononcée que dans d’autres archipels de point chaud, ce qui complique les comparaisons directes.[1]
Le modèle classique du point chaud explique la production magmatique par une source mantellique persistante sur laquelle se déplace la plaque lithosphérique. Appliqué aux Canaries, il prédit que le volcanisme jeune se concentrerait à l’extrémité occidentale de l’archipel, près de l’emplacement actuel du point chaud, tandis que les îles orientales resteraient en arrière. Carracedo et collaborateurs ont défendu cette lecture, soulignant que l’activité quaternaire se concentre à La Palma et El Hierro.[1]
Cependant, la comparaison avec Hawaï n’est pas exacte. Aux Canaries, les âges des îles ne décroissent pas aussi linéairement que dans le paradigme hawaïen, et la distribution du volcanisme historique et préhistorique montre des nuances qui ne s’intègrent pas parfaitement dans une progression simple. Le modèle du point chaud est donc présenté comme une hypothèse testable, pas comme un consensus clos.[1]
Paul van den Bogaard et d’autres chercheurs ont proposé que la convection induite par la marge continentale, avec l’interaction entre la plaque océanique et la marge africaine, pourrait contribuer à expliquer la longue histoire des monts sous-marins dans la province canarienne. Des datations d’anciens monts sous-marins suggèrent une activité antérieure à plusieurs édifices émergés, ce qui complique toute lecture basée uniquement sur les âges des îles visibles.[1]
Cette proposition ne remplace pas complètement le point chaud ; elle suggère que plusieurs mécanismes peuvent agir simultanément. La question ouverte reste de savoir quelle part de l’activité canarienne est due à une anomalie mantellique profonde, quelle part à la dynamique de bord de plaque, et quelle part à la réutilisation de fractures héritées.[1][2]
Couche rigide externe de la Terre sous les océans, composée de croûte et d’une partie du manteau supérieur. Aux Canaries, elle est ancienne et sert de socle aux édifices volcaniques.
Ensemble de roches profondes, corticales et sédimentaires qui enregistre le passage d’un environnement sous-marin à l’émersion d’une île.
Étape principale de croissance d’un édifice insulaire, au cours de laquelle des coulées basaltiques fluides construisent un cône à pentes douces.
Retour de l’activité volcanique après une longue période érosive. Aux Canaries, il est plus intense qu’à Hawaï et complique les reconstructions séquentielles simples.
La pression du magma ascendant et les contraintes régionales créent des zones faibles dans la lithosphère océanique. Ces fractures deviennent des couloirs privilégiés pour les futures dykes et éruptions.
Avant qu’une île visible n’existe, des roches profondes, des sédiments océaniques, des laves en coussin et un réseau de dykes s’accumulent. Ce noyau, le Complexe Basal, affleure aujourd’hui à Fuerteventura, La Palma et La Gomera.
Lorsque les matériaux volcaniques dépassent le niveau de la mer, l’érosion commence à agir en même temps que les éruptions. Dès lors, l’édifice croît par couches : coulées de lave, pyroclastes, cônes enfouis et sols rougeâtres entre les épisodes.
Sur les îles jeunes, de nombreuses bouches éruptives se concentrent en rifts ou dorsales. Leur géométrie conditionne la forme de l’île, la direction des coulées et les zones où le risque volcanique peut être le plus élevé.
Le poids de milliers de mètres de lave, l’injection répétée de dykes et la gravité provoquent des failles, des basculements et de grands glissements de flanc. Des vallées comme La Orotava, Güímar, El Golfo et Aridane se lisent dans cette dynamique.
La mer découpe des falaises, le ruissellement creuse des ravins et le vent modèle les surfaces exposées. Mais l’histoire ne mène pas toujours à l’usure : des coulées récentes peuvent recouvrir des vallées, combler des dépressions et créer de nouvelles plates-formes littorales.
La Palma et El Hierro ; Tenerife en phase tardive
Des édifices élevés, des coulées superposées, des essaims de dykes et des dorsales actives prédominent. L’île gagne de la masse plus vite que l’érosion ne peut l’enlever.
La Gomera comme référence claire
Le volcanisme s’affaiblit ou disparaît pendant de longs intervalles. La pluie, la mer et la gravité ouvrent des ravins, démantèlent d’anciennes dorsales et exposent des matériaux profonds.
Fuerteventura, Gran Canaria et Lanzarote
Sur des reliefs déjà abaissés apparaissent de nouvelles poussées éruptives : cônes isolés, malpaíses, champs de lave et plates-formes qui peuvent gagner du terrain sur l’océan.
Fuerteventura incarne l’extrémité orientale et ancienne : elle conserve des affleurements du Complexe Basal et montre un édifice profondément démantelé par l’érosion, sans activité historique. Tenerife représente le centre dynamique : superposition de centres volcaniques, rifts triples qui dessinent sa silhouette et volcanisme historique dans sa série récente. La Palma, à l’extrémité occidentale, est l’un des édifices les plus jeunes et actifs, avec des éruptions historiques du XVIe siècle à 2021.[1][2][3]
Cette comparaison montre que l’âge des matériaux émergés n’est pas équivalent à l’âge total de l’édifice. Fuerteventura existait déjà comme mont sous-marin bien avant que La Palma ne commence à se former, mais les deux îles partagent le même type de socle océanique. Comprendre ces différences est essentiel pour ne pas réduire la géologie des Canaries à une simple progression du vieux au jeune.[1][2]
L’ordre de formation aide à lire l’archipel d’est en ouest, mais les chiffres renvoient à des âges approximatifs de matériaux émergés, pas au début absolu de chaque édifice sous-marin.
Outils institutionnels pour consulter la cartographie, la surveillance et la planification.
Cartographie de référence par feuilles de l’IGME-CSIC.
Relief insulaire et fonds marins sur une même carte de l’IEO-CSIC.
Article de van den Bogaard (2013) avec datations d’anciens monts sous-marins et le débat sur l’origine.