Le sens des prénoms guanches : une clé pour comprendre la société indigène canarienne
L’anthroponymie, ou l’étude des noms propres, constitue une porte d’entrée fascinante dans la vie et la pensée des peuples anciens. Aux Canaries, les prénoms guanches ne servaient pas seulement à identifier les individus : ils reflétaient aussi la structure sociale, les croyances et les valeurs de la société indigène[1].
Types de prénoms et leur signification
Selon les recherches de Juan Álvarez Delgado, les prénoms guanches peuvent être classés en trois grands groupes selon leur sens et leur fonction :
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Prénoms à signification claire : Ils avaient un sens évident pour les locuteurs, souvent comme surnoms décrivant des qualités physiques ou morales. Exemples : Aganeye (« manchot » ou « bras coupé »), Zuguko (« blond »), Azuquahe (« brun »), Atamicate (« cœur vaillant »), Mayantigo (« morceau de ciel »). Les métaphores issues de la nature étaient aussi courantes.
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Prénoms corrélatifs : Ils indiquaient l’appartenance à un lieu, une famille, une tribu ou un métier. Par exemple : Auchen (« maisons »), Guanimencei (« fils du roi »), Guantejina (« fils de Tejina »), Achesemidán (« gens de Semidán »). Ces prénoms témoignent de l’importance de la parenté et de l’organisation sociale chez les Guanches.
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Prénoms arbitraires : Formés par la combinaison d’éléments dont le sens est obscur ou perdu, souvent à cause de l’évolution linguistique. Par exemple, Tenesoya (forme féminine de Tenesor Semidán) est un prénom dont l’étymologie reste incertaine.
Reflet de la structure sociale
Les prénoms guanches révèlent des différences de genre et d’organisation sociale. Ainsi, le patriarcat dominait à Tenerife et La Gomera, tandis que des indices de matriarcat existent à Grande Canarie et Fuerteventura. Cela se reflète dans la formation des prénoms féminins et masculins, ainsi que dans l’existence de patronymes matrilinéaires chez les enfants illégitimes ou dans les sociétés matriarcales[1].
De plus, les prénoms dérivés de fonctions, métiers ou lignages (comme les menceyes ou guanartemes) montrent l’importance de la hiérarchie et de l’appartenance à des groupes familiaux ou tribaux.
Étymologie et défis
L’interprétation des prénoms guanches est complexe. Le manque de documentation et la transmission orale ont entraîné des variantes et des confusions. Un même prénom peut apparaître sous différentes formes dans les sources, et de nombreuses étymologies sont débattues. Cependant, certains sens ont pu être reconstitués grâce à la comparaison avec les langues berbères et chamito-sémitiques.
Par exemple, Mayantigo est interprété comme « morceau de ciel » d’après Abreu Galindo, et Aganeye comme « bras coupé ». D’autres prénoms sont liés à des surnoms ou des traits personnels, comme Doramas (« grand nez ») ou Garehagua (« méchant comme un chien »).
Conclusion
L’étude des prénoms guanches est essentielle pour comprendre la société indigène canarienne. À travers eux, on découvre l’organisation, les valeurs et la vision du monde des anciens Canariens. Bien des mystères subsistent, mais l’anthroponymie demeure un outil clé pour explorer l’histoire et l’identité des îles Canaries.
