Côte volcanique d'El Hierro ouverte sur l'Atlantique
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Histoire
El HierroOrchillaméridien zérocartographiephare d'Orchilla

Orchilla, là où le monde commençait – El Hierro

Il existe un lieu à El Hierro où l’asphalte renonce et où il ne reste que la lave. On y arrive après avoir traversé une mer noire de coulées volcaniques, presque sans végétation, jusqu’à un phare solitaire à l’extrémité la plus occidentale de l’Espagne: Punta Orchilla. Pendant près de deux siècles, toute carte sérieuse de l’Europe y marquait la longitude zéro. Le monde, littéralement, commençait sur cette falaise.[1][2]

Une limite fixée par Ptolémée

L’histoire commence avec Ptolémée, qui situait déjà au IIe siècle la limite du monde connu à El Hierro — au-delà, il n’y avait rien, ou du moins rien qui valût vraiment la peine d’être cartographié. Pour les navigateurs de l’époque, ce point marquait littéralement la fin du monde, le bord du réel avant le vide. L’idée survécut aux empires, aux guerres et aux changements de dynastie sans que personne ne la remette beaucoup en question, jusqu’à ce qu’en 1634 le cardinal Richelieu convoque à Paris une assemblée de mathématiciens qui décida d’officialiser ce qui était déjà une habitude: fixer le premier méridien dans la partie la plus occidentale de l’île. Ce ne fut pas seulement une question scientifique. Derrière, il y avait aussi un calcul politique, lié à la navigation et au commerce au nord du tropique du Cancer.[2][3]

Le méridien qui traversa les siècles

Pendant les deux siècles suivants, la moitié du monde cartographique — Français, Espagnols, une bonne partie de l’Europe centrale — mesura ses cartes à partir de cette ligne invisible qui traversait un îlot volcanique perdu dans l’Atlantique. Même lorsque la Conférence internationale du méridien adopta Greenwich comme standard universel en 1884, l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois continuèrent quelque temps encore à utiliser le méridien d’El Hierro, comme quelqu’un qui tarde à abandonner une habitude. Les anciens appelaient cet océan qui commençait précisément là la Mer des Ténèbres: le nom donné à l’eau qui menait vers l’inconnu, à une époque où la cartographie ne connaissait qu’une fraction minime de la planète.[2][4]

Ce qui reste aujourd’hui

Ce qui reste aujourd’hui est un lieu presque délibérément discret. Le phare actuel, de plan octogonal, fut construit en 1933 avec de la pierre noire apportée en voilier depuis Grande Canarie, et à côté, une sphère en acier inoxydable sur une plateforme de pierre rappelle que là passa, pendant deux cents ans, la ligne qui divisait le monde en deux. Il n’y a pas de grandiloquence: seulement le vent, la lave noire et l’Atlantique qui s’ouvre à perte de vue. On dit que ce fut le dernier morceau de terre que virent les caravelles de Colomb avant de se perdre à l’horizon, en route vers un continent qui n’avait pas encore de nom.[3][5]

Il y a quelque chose de presque poétique dans le fait que le centre du monde cartographique ait été, pendant si longtemps, l’un de ses coins les plus reculés et silencieux. Ce n’est peut-être pas un hasard: les lieux où la carte s’achève sont aussi, presque toujours, les lieux où quelque chose commence. Et à El Hierro, entre la lave et la brume qui monte de la mer, on peut encore sentir cette frontière invisible — comme si le monde, pendant un instant, retenait son souffle avant de décider où commencer à exister. Peut-être est-ce pour cela qu’Orchilla ne s’accroche à rien: elle respire seulement, se lève avec l’aube, et renaît avec chaque vague qui se brise contre la lave.

Références

  1. Wikipedia — encyclopédie libre: Meridiano de El Hierro. Disponible sur: es.wikipedia.org

  2. Instituto El Hierro (ielhierro.net): Monumento al Meridiano Cero. Disponible sur: ielhierro.net

Sources