L’émeute de la « Pobrera » à Lanzarote en 1789 : un épisode de crise insulaire - Histoire
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Histoire
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Dans la nuit du 8 décembre 1789, Lanzarote fut le théâtre d’un épisode singulier connu sous le nom d’émeute de la « pobrera », un soulèvement qui mit en lumière les tensions sociales et politiques de l’île au XVIIIe siècle[1]. Cet événement s’inscrit dans le contexte d’une profonde crise qui toucha l’ensemble de l’archipel canarien, bien que Lanzarote ait connu moins de troubles sociaux que d’autres îles[1].

Le déclencheur de l’émeute fut le remplacement du gouverneur militaire de Lanzarote, le capitaine Juan Creagh Powles, par Francisco Aguilar Martínez. Ce changement fut mal accueilli par la population, car Creagh jouissait d’une grande estime auprès des officiers, des miliciens et des classes populaires, tant pour sa compétence militaire que pour son rôle de juge des pâturages[1].

La conspiration fut organisée par plusieurs miliciens et habitants de différentes localités, qui, sous prétexte d’empêcher le départ de Creagh, planifièrent une réunion à Conil dans la nuit du 8 décembre, sachant que le gouverneur y passerait la nuit avant de partir pour Las Coloradas[1]. L’appel fut lancé de bouche à oreille, et le plan consistait à rassembler un groupe d’hommes au volcan de Masdame avant de se rendre à Conil. Au total, environ 80 hommes participèrent à l’action, dont beaucoup étaient des miliciens et des habitants de Yuco, La Vegueta, Tao et Los Valles[1].

Arrivés à Conil, les conjurés encerclèrent la maison où logeait Creagh et exigèrent, au nom de la « pobrera » de Lanzarote (les pauvres et marginaux de l’île), que le capitaine reste en fonction. La requête fut rédigée par le greffier Antonio Cuevas Zaldivar, bien que le texte original ne soit pas conservé[1]. Après cet acte, les participants se dispersèrent pacifiquement, sans incidents violents.

L’analyse ultérieure montre que l’émeute fut en grande partie orchestrée par Creagh lui-même, qui cherchait à profiter de son prestige et du soutien des miliciens pour rester en poste[1]. Cependant, une fois son objectif immédiat atteint, Creagh prit ses distances avec les conjurés et évita toute responsabilité directe[1].

Les autorités ouvrirent une enquête sommaire, mais le processus fut lent et seuls quelques participants furent identifiés. Les conflits de juridiction entre l’Audiencia et la Commandance générale compliquèrent davantage l’affaire, et la responsabilité de Creagh fut finalement minimisée, les faits étant considérés comme un simple outrage à l’autorité civile plutôt qu’une émeute grave[1].

Cet épisode illustre la complexité des relations de pouvoir dans les îles seigneuriales et l’utilisation de la mobilisation sociale comme outil politique dans le contexte de l’Ancien Régime canarien. L’émeute de la « pobrera » se distingue par son caractère limité et par la tentative de légitimer l’action au nom des marginaux, bien qu’elle ait en réalité été motivée par des intérêts personnels et militaires[1].

Sources