Les Guanches, habitants préhispaniques de Tenerife, ont suscité fascination et questionnements depuis des siècles. Mais à quoi ressemblaient-ils vraiment ? Leur image physique a été façonnée par les récits des chroniqueurs, les mythes et, plus récemment, par la science.
Des chroniques à la science : une image en mutation
Les premières descriptions proviennent des chroniques de la conquête (XVe–XVIIe siècles). Le Canarien décrit les habitants de Tenerife comme “de petite taille et très courageux”, tandis qu’Alonso de Palencia les présente comme “de grande taille”. Les contradictions abondent : Torriani et Espinosa évoquent des géants de quatorze pieds (près de quatre mètres), alors qu’Abreu Galindo les qualifie simplement de “taille moyenne”[^publicacion-canarias-386p-gillsans].
Les chroniqueurs soulignent aussi leur robustesse et leur bravoure. Espinosa note des différences entre les Guanches du nord (peau claire et cheveux blonds) et ceux du sud (plus foncés), attribuant ces traits à la génétique et à l’exposition au soleil. Au XVIIIe siècle, Viera y Clavijo insiste sur le fait que les Guanches “n’étaient ni noirs ni indiens”, ce qui a alimenté les débats sur leur statut après la conquête[^publicacion-canarias-386p-gillsans].
L’essor de l’anthropologie physique
Au XIXe siècle, l’anthropologie physique apporte une approche scientifique à l’étude des restes guanches. Sabin Berthelot est un pionnier, analysant des crânes et établissant des typologies : guanche, canarien, arabo-bédouin et berbère. Il observe la persistance de traits aborigènes dans la population actuelle, surtout dans les zones isolées. Berthelot décrit les Guanches comme ayant la peau bronzée, le front proéminent, de grands yeux, des cheveux épais (du noir au roux), le nez droit, des lèvres épaisses, une constitution robuste et une taille moyenne à grande selon l’île[^publicacion-canarias-386p-gillsans].
Des chercheurs ultérieurs comme René Verneau, Félix von Luschan et E. A. Hooton approfondissent ces analyses, utilisant la craniométrie pour distinguer types dolichocéphales (tête longue), mésocéphales et brachycéphales, et relient ces types à des origines nord-africaines, sémitiques ou berbères. Les études ostéométriques modernes confirment une grande diversité physique entre les îles et même à l’intérieur de Tenerife[^publicacion-canarias-386p-gillsans].
Entre mythe et réalité
L’image des Guanches a oscillé entre le mythe du “géant blond” et celui du “sauvage primitif”, en passant par des visions romantiques de noblesse ou de pureté raciale. Pourtant, les recherches bioanthropologiques actuelles, fondées sur l’analyse des ossements et des momies, montrent que les Guanches n’étaient pas fondamentalement différents des autres populations nord-africaines de leur époque. Leur diversité physique résulte de multiples vagues migratoires et de l’adaptation à l’environnement insulaire[^publicacion-canarias-386p-gillsans].
Ainsi, la construction de l’image physique des Guanches reflète autant l’évolution des connaissances scientifiques que les mythes et préjugés de chaque époque. Aujourd’hui, on sait qu’ils formaient un peuple diversifié, adapté à son milieu, dont la véritable apparence ne peut être révélée que par une étude rigoureuse de leurs restes et de leur histoire.
